Histoire du club

Historique de l'USA LIEVIN ATHLETISME

Mars 1941 : Création de la section Athlétisme de la St Amé de LIEVIN racontée par Michel GALLET (Président de l'USA LIEVIN ATHLETISME de 1941 à 1978 )

Liévin, un haut lieu du Cross Country...

Mars 1941 : L'occupant allemand éteint le phare de la basilique de notre dame de Lorette plus longtemps qu'à l'accoutumé... En zone interdite, les jeunes du quartier de la St Amé de Liévin trouvent difficilement des activités de loisirs pour s'occuper... Certes, le club de Basket et de Gymnastique font le plein mais il faut autre chose et ce sera le Cross Country.

Depuis des années, Jean BRAND est taraudé par l'idée d'une équipe de cross à St Amé et jugeant le moment favorable, informe de son projet, M. Jules VEZILIER, Président de la St Amé et Directeur d'école de la cité 3 de Lens, grand animateur et grand « bonhomme du Basket » qu'il implanta des décennies auparavant en Artois.

Donnant son feu vert à Jean BRAND, Jules émit un rire en crécelle tout emprunt de scepticisme... disant encore : « ton truc ne peut pas marcher et d'ailleurs, tu n'auras pas de sous, pas d'équipement, pas de transport »

Mais il en fallait davantage pour rebuter « grand père » ainsi le surnommait on, l'apôtre Jean BRAND, intimement lié à la grande épopée de la St Amé de Liévin qui deviendra plus tard, l'USA LIEVIN.

In loques ed'fosse....

Une cour d'école ne suffisait pas pour l'entraînement des crossmens. Les habitants de la cité St Amé s'habituèrent donc à voir de plus en plus de jeunes sillonner les rues parfois tard le soir provoquant parfois certains inconvénients, surtout quand une patrouille les croisait...Certains talents de sprinteurs s'exprimaient alors.

Maillots blancs rayés de bleu, culottes taillées dans de vieux pantalons de travail du père et chaussures encore plus hétéroclites, les «  Ours » comme on les appelé ne payaient pas de mine. C'était le cas de le dire pour des mineurs qui devenaient leur travail terminé, des crossmen « in loques ed fosse » !!

Lors de leur première apparition aux Championnats du Pas-de-Calais en Janvier 1942, le dirigeant d'un grand club d'alors regrettait une telle mascarade et lança haut et fort « Jamais je ne me déplacerai avec une équipe pareille »...

M. DELATOUR, Président du Comité Départemental le remit vertement à sa place... « Admirez plutôt l'enthousiasme de ces gosses, ils iront loin !! » Et en effet...

En 1943, un an seulement après leurs débuts officiels, les Ours remportaient leur premier Championnat Départemental de Cross cadets et Juniors. Le peu d'argent dont disposait M. VEZILLIER pour le Cross country s'était vite envolé. Or, l'équipe de la St Amé avait des ambitions plus importantes et provoquait un engouement sans pareil. Une collecte entre dirigeants était obligatoire pour le déplacement d'une équipe supplémentaire.

« Ah !! ces départs à 5h00 du matin où les crossmens avaient rendez-vous chez Jean BRAND, rue de l'Abregain, pour se rendre à la gare de Lens, distante de 5kms soit une heure de marche. Pluie, neige, verglas, rien n'arrêtait les Ours. Ils n'étaient même pas sûrs d'avoir un train à l'heure indiquée pour leur départ et encore moins pour leur retour. Parfois, une alerte aérienne leurs imposait un cross supplémentaire. Les meilleurs n'étaient pas toujours en tête dans ce genre d'épreuve »

Rationnement et Marché noir....

S'inspirant des pratiques du marché noir, quelques petites combines furent mises en place par les jeunes de St Amé après les Championnats de Flandres à Lille pour se rendre aux interrégionaux à Amiens et au Cross National à Paris... ils étaient prêts à tout les sacrifices.

De leur père ou de leur grand-père, des mois durant, ils mettaient de côté cigarettes après cigarettes. Nantis d'un certain nombre de paquets, ils les revendaient dans la capitale.

A Pigalle, la cigarette se vendait à l'époque cent sous pièce ce qui leurs permettait d'amortir plusieurs voyages....Un jour, c'est un camion de charbon qui descendait en fraude à Paris qui fut utilisé comme moyen de transport. Camouflés sous la bâche, notre dizaine de lascars arriva à destination sans trop d'avatars, mais ne ressortirent pas tout à fait blanc...

Pour le retour, le camion fut bloqué 4 jours provoquant l'inquiétude de toutes les familles de nos gaillards qui, tickets et casse croûte épuisés, revinrent littéralement affamés.

En débarquant à Liévin, ils s'exclamaient triomphalement : « Heureux qui comme Ulysse à fait un bon voyage »

Une date mémorable....

En Janvier 1944, pour la première fois à la St Amé, on présente une équipe Seniors aux Championnats de Flandres de Cross Country. Elle gagne ! Le secrétariat a beau refaire les comptes et revérifier, les Ours sont premiers. Etonnés, incrédules et pris de saisissements, les officiels oublient de remettre au vainqueur le Bouclier de Bandeville, trophée récompensant l'équipe championne et que l'on retrouvera un an plus tard dans un coin d'une salle au Croisé Laroche. Depuis 1944, pareil oubli ne s'est renouvelé. Et pour cause... 34 fois Champion dont 25 fois consécutivement, dernière victoire en 1981. L'habitude de remettre le bouclier était donc bien prise. Les brochures de journaux parlent de victoire d'Anthologie...

Des jours meilleurs...

Le Préau et la cour de l'école de la St Amé ne suffisent plus pour l'initiation. L'athlétisme devient une activité complémentaire pour les crossmens durant l'été.

Le Stade BOLLAERT à Lens est très éloigné. L'US LIEVIN consent à « donner l'hospitalité » à la St Amé. Ceci reste insuffisant tout de même et il est incommode pour les dirigeants de la St Amé d'être « hors de ses murs ».

Une idée commença à germer dans l'esprit de quelques Ours : une fusion USL/SAL qui malgré quelques réticences de part et d'autre, se réalise en 1945. L'Union des Sports Athlétiques de Liévin voit le jour. Une nouvelle ère était ouverte mais pourtant, durant 12 ans, l'USAL au niveau du cross national sera présentée sous l'appellation Union St Amé de Liévin. La solide réputation que s'était taillée le petit club artésien tenait toujours.

L'extension des œuvres sociales après les nationalisations des houillères allaient permettre à l'USAL de disposer d'un budget plus adapté à ses besoins sans forcément décrocher un pactole. Néanmoins, le recours aux expédients devient inutile. Des équipements, du matériel et un stade mis à disposition : La vie devenait belle. De plus, le retour à la vie normale après les hostilités liées à la guerre permettait des déplacements sans histoire sauf évidemment celles, bien innocentes d'ailleurs, qu'un sportif gai luron peut élaborer à l'occasion.

Un second grand coup...

En 1947, l'USAL remportait en cross country, le Challenge FLENNIAU à Tourcoing chipant le trophée à l'équipe d'AUDENARDE, alors Championne de Belgique.

Gagnant ce challenge 3 fois en cinq ans, l'USAL remportait définitivement le superbe objet d'art représentant un gladiateur qui fut baptisé « Ch'tout nu » par les Liévinois.

Les meilleurs belges de la spécialité avaient beau s'opposer, ils ne tenaient pas devant le déchainement des Ours de l'USAL.

D'Audenarde à Renaux, Ostende, Gand, Tournai, Ypres, Poperinghe, Bruxelles, Flobecq, Charleroi, les belges applaudirent et le nom de Liévin était assimilé à une célèbre filature par les belges.

Texte retranscrit par Laurent JAKIEL à partir des écrits de Michel GALLET, Président de l'USAL. Source : Florimond DEFRANCE et Jacques LELEVIER.